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Le Printemps de la photo

18.06 -- 27.06.1993

L'expérience de l'édition 1992 du Printemps de la photo nous incite à confirmer les orientations que nous avions souhaité alors lui donner : une manifestation de dimensions raisonnables, de grande qualité quant au choix des artistes et des oeuvres, internationale bien sûr, et prenant comme domaine principal une photographie qui se situe dans le champ de la création contemporaine, à l'exclusion de tous autres usages particuliers (documentaire, journalistique, publicitaire etc.).

 

L'écho rencontré par le Printemps 1992 conforte aussi, au passage, l'idée que nous défendons depuis longtemps, selon laquelle la création contemporaine n'est, en elle-même, aucunement difficile ni "élitiste", bien au contraire. Si difficultés et malentendus il y a parfois, cela tient le plus souvent à la manière dont les oeuvres sont montrées ou présentées, plus qu'aux oeuvres elles-mêmes. Cela est particulièrement vrai de la photographie contemporaine qui a su, grâce à la nature analogique du médium, conserver un lien plus ou moins grand avec l'apparence des choses, et qui ne se prive pas de jouer sur la force de présence et la séduction visuelle de ce matériau exceptionnel. 

 

Certes, il est d'autres usages contemporains de la photographie dans lesquels cette force d'évidence s'éloigne, et qui peuvent de ce fait déconcerter en invitant à une lecture non référentielle de l'oeuvre. Mais nul n'est besoin d'être spécialiste pour apprécier, comme ce fut le cas l'an passé pour des dizaines de milliers de spectateurs, la splendeur énigmatique des effigies de Thomas Ruff, ou la fascination ambigüe des scènes de John Hilliard. Jamais ce que disait Antoine Vitez à propos du théâtre ne m'a paru plus à propos : "un art élitaire pour tous". "Elitaire" désignant une exigence de qualité et de rigueur, une volonté de proposer une expérience forte et riche de sens, et non le privilège de quelques-uns. 

C'est donc dans le même sens que le Printemps 1993, tout naturellement, s'engage, avec toutefois, des modifications sensibles. Les lieux d'exposition, d'abord. Une des originalités du Printemps de Cahors réside dans son nomadisme dans la ville. 

Heureusement, certains lieux forts, qui offrent de remarquables espaces d'exposition, demeurent d'une année sur l'autre : le Moulin Saint-James, la Chantrerie, le Grenier du Chapitre. D'autres, que nous avons aimés l'an passé, ont disparu, retrouvant leur vocation première de locaux commerciaux. Pour les remplacer, nous en avons visité beaucoup d'autres, que des Cadurciens ont spontanément et généreusement mis à notre disposition. Parce que nous tenons à l'idée d'un parcours clair et concentré, nous avons finalement opté pour deux pôles d'expositions principaux. Celui de vieille ville, avec les espaces cités plus haut (auxquels s'ajoutent le Cellier des Élus et la remise de la Cour du Grenier du Chapitre). Et celui que forment le Musée Henri-Martin et le Palais de Justice. Au Musée, ce sont les quelques salles qui ont fait l'objet d'une rénovation, en espérant que cette rénovation va maintenant se poursuivre, afin que Cahors se dote ainsi d'un espace d'exposition de qualité dont la ville a le plus grand besoin. C'est aussi la très remarquable chapelle du même musée, tirée pour quelques semaines de son sommeil poussiéreux. Quant au Palais de Justice, c'est la salle des pas perdus qui connaîtra là un usage quelque peu inhabituel : le plaisir de la contemplation prendra provisoirement la place de l'argumentation et du souci. 

 

Au total, donc, 14 expositions, soit un programme nettement plus substantiel que l'an passé, sans qu'il déborde des limites que nous nous sommes fixés. Si on voulait à toute force distinguer des catégories, on pourrait dire qu'y apparaissent trois types de travaux : des oeuvres plus purement photographiques, qui interrogent les possibilités et les limites de la représentation photographique du monde; des oeuvres qui dialoguent avec la peinture et la sculpture, mais aussi avec le cinéma; et enfin, des travaux qui relèvent plutôt de l'art de l'installation. Parmi les premières, on compterait William Klein, Gabriele Basilico, Alain Turpault, mais aussi, d'une certaine manière, Eric Poitevin et Roland Fischer, ainsi, bien entendu, que la plupart des photographes représentés dans la collection de Bernard Lamarche-Vadel. Parmi les secondes, il y aurait Pascal Kern, Pierre Mercier, Rémy Fenzy, John Baldessari, Joel Peter Witkin.Quant à Lewis Baltz et Bertrand Gadenne, ils relèveraient plutôt de l'installation. Bien-sûr, ces distinctions sont assez artificielles, elles ne rendent pas compte de la spécificité du travail de chacun. Les pages qui suivent s'efforcent, en quelques mots, de situer plus précisément chacun des travaux exposés.

 

Avec un programme renforcé, des expositions prolongées, des lieux nouveaux, des rencontres avec le public, le Printemps de Cahors a maintenant trouvé sa place parmi les grands rendez-vous photographiques de l'année. Ce qui suit donnera un aperçu de ce qui reste tout de même l'essentiel : le plaisir de la découverte ou de la redécouverte d'oeuvres contemporaines qui parlent à nos sens et à notre esprit. 

 

Régis Durand 

 

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Artistes
Javier Baldéon
John Baldessari
Lewis Baltz
Gabriele Basilico
Philippe Bazin
Léon Bouzerand
Florence Chevallier
Patrick Feigenbaum
Rémy Fenzy
Georges Fessy
Roland Fischer
Franco Fontana
Bertrand Gadenne
Frédéric Gallier
Jean-Paul Goude
Yves Guillot
Pascal Kern
William Klein
Matt Mahurin
Pierre Mercier
Jean-Baptiste Mondino
Jean-Luc Mylaine
Jean-Marie Perrier
Eric Poitevin
Jean-Philippe Reverdot
Bettina Rheims
Herb Ritts
Magdi Sénadji
Keiichi Tahara
Jean-Loup Trassard
Alain Turpault
Jeff Wall
Bruce Weber
Alain Willaume
Joel Peter Witkin