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À TOULOUSE

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Adel Abidin

Mémorial
28.09.12 - 21.10.12
Exposition — les Abattoirs, Musée – Frac Occitanie Toulouse

Adel Abidin, Memorial, vidéo (2009). Courtoisie de l'artiste et de la Galerie Anne de Villepoix, Paris. Crédit photo : Nicolas Brasseur, Le Printemps de Septembre 2012

Adel Abidin, Memorial, vidéo (2009). Courtoisie de l'artiste et de la Galerie Anne de Villepoix, Paris. Crédit photo : Nicolas Brasseur, Le Printemps de Septembre 2012.

Né en 1973 à Bagdad. Vit et travaille à Helsinki (Finlande).

 

Mémorial, vidéo (2009)


En mémoire d’une vache irakienne
 

Originaire d’Irak, Adel Abidin étudie à l’école des Beaux-arts de Bagdad où il se forme à la peinture. En 2001, il s’installe en Finlande où il obtient un diplôme (MFA « New Media ») à l’école d’art d’Helsinki. Depuis, le plasticien et vidéaste jouit d’une reconnaissance internationale. Il a notamment représenté la Finlande lors de la 52ème Biennale d’art de Venise en 2007, puis l’Irak en 2011, à l’occasion de la 54ème édition de la manifestation.

Adel Abidin a réalisé un grand nombre de projets: au MAC/VAL, Vitry-sur-Seine et à la White Box Gallery de New York (2008), au Finnish Institute de Stockholm (2009), au Kiasma Museum of Contemporary Art, Helsinki (2010), à la Khalid Shoman Foundation, Amman (Jordanie, 2011).

 

Partant d’une expérience intime à la croisée des mondes arabe et occidental, le travail d’Adel Abidin est traversé par la notion de décalage, liée à son statut d’Irakien exilé en Finlande. L’isolement, la religion et l’identité sont autant de thèmes qu’il aborde fréquemment. L’artiste interroge et détourne les codes culturels qui nous gouvernent. Adel Abidin, qui manipule le sarcasme comme une arme corrosive, résume sa « manière » ainsi : « L’humour et l’ironie sont au centre de mon langage ».

Dans son installation vidéo Cold Interrogation (2004), il évoque par exemple, non sans causticité, la difficulté d’être un Irakien aujourd’hui. Le spectateur, l’œil collé à l’œilleton d’un frigo, se retrouve nez à nez avec le visage d’un homme occidental débitant une litanie ininterrompue de questions: « Comment avez-vous atterri en Finlande ? », « Que pensez-vous de Saddam Hussein ? d’Israël ? du 11 Septembre ? », « Samantha Fox, vous voyez qui c’est ? », « Vous êtes musulman ? » « Ça fait quoi de monter sur un chameau ? »... Cette œuvre est directement inspirée de l’expérience de l’artiste : « Depuis que j’ai quitté mon pays en 2000, je suis quotidiennement en butte à ces questions sur mon identité d’Arabe, de musulman et d’Irakien qui vit dans une société occidentale. »

Dans cet univers satirique, un terroriste, le visage masqué par un chèche, chante en jouant de la guitare folk (Jihad, 2006), l’artiste passe l’aspirateur dans un paysage enneigé (Vacuum, 2006), un match de ping-pong oppose deux hommes ne remarquant pas que le filet séparant les deux aires de jeu est un corps féminin nu (Ping Pong, 2009). Présentée en 2007, la pièce Abidintravels.com se présente comme une parodie d’agence de voyages spécialisée dans le tourisme de guerre. Dans une vidéo respectant les codes du genre, des pictogrammes colorés recommandent à l’aspirant touriste de ne pas parler anglais, de ne pas porter de jupe, de ne pas venir avec des enfants. On lui propose de louer un char ou un tank, outre un grand choix d’hôtels en ruine ou en feu.

 

La vidéo présentée aux Abattoirs est inspirée d'un événement dont l'artiste a été témoin à l'âge de dix-sept ans lors d'un bombardement à Bagdad. En 1991, Adel Abidin était allé voir son pont préféré, que les Américains venaient de détruire. Sur l’un des débris du pont, il voit une vache, morte. Celle-ci va occuper longtemps ses pensées. Était-elle sur le pont au moment du bombardement ? En dessous? Que faisait-elle là, seule, en plein centre-ville ?

Près de vingt ans plus tard, en un moment de sa vie où le tourmentent la solitude et l’idée que l’Homme a besoin de ne pas se sentir seul, l’artiste s’est souvenu de cette vache, animal sociable s’il en est. Et il a formé soudain une vision de sa fin tragique, cette chute fatale alors que l’animal tente de sauter d’un morceau brisé du pont à l’autre. Comme le dit Adel Abidin, sans sarcasme aucun pour une fois, « cette installation est son mémorial ».