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À TOULOUSE

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Ali Kazma

Past
28.09.12 - 21.10.12
Exposition — Hôtel-Dieu

Ali Kazma
Past, vidéo (2012)
Coproduction Jeu de Paume, Paris
Courtoisie de l’artiste et de la Galerie Analix Forever, Genève
Crédit photo : Nicolas Brasseur, Le Printemps de Septembre 2012

Ali Kazma
Past, vidéo (2012)
Coproduction Jeu de Paume, Paris
Courtoisie de l’artiste et de la Galerie Analix Forever, Genève
Crédit photo : Nicolas Brasseur, Le Printemps de Septembre 2012

 Né en 1971 en Turquie. Vit et travaille à Istanbul. 

 

Past, vidéo (2012) 

 

Le rêve d’une « encyclopédie humaine »

 

Ali Kazma, vidéaste turc, participe à de nombreuses expositions en France, en Suisse, en Amérique Latine, en Italie, aux États-Unis. Son travail a été montré dans le cadre des Biennales d’Istanbul 2001 et 2010, à l’Istanbul Modern, à la Biennale de la Havane à Cuba et au San Francisco Art Institute en 2006, au Palais de Tokyo dans le cadre d’un « Special film screening » présenté à l’occasion de l’attribution du Prix Nam June Paik, qu’il obtient en 2010.

 

Ali Kazma développe depuis le début des années 2000 une singulière manière de représenter l’activité humaine. Qu’il s’agisse de rendre compte de l’habileté professionnelle d’un boucher d’Istanbul, de celle d’un horloger, d’un taxidermiste, d’ouvrières du textile dans une usine de jeans, de danseurs ou d’un peintre…, un même dispositif est à l’œuvre : attention, documentation, subtilité de la mise en forme. Ali Kazma inventorie l’univers du travail et de la production humaine, matérielle comme esthétique. Son écriture privilégie la précision optique, l’ellipse narrative, les effets plastiques inattendus, sans jamais tomber dans la facilité ni dans la séduction. Cette saisie visuelle est objective, directe, les images vidéos d’Ali Kazma relèvent d’un geste à la fois archéologique et poétique. Archéologique, de par la volonté d’exactitude de l’artiste et la précision extrême avec laquelle il filme les gestes liés au travail. Poétique, de par l’esthétique des images et la construction consciente d’un monde où l’homme se réalise dans son activité – qui devient alors, au sens même de Hannah Arendt, une « action ». Il résulte, de cette manière de faire si particulière à Kazma, une impression tenace de vérité. Il en émane une prégnante sensation de beauté.

 

Par sa volonté manifeste de ne jamais exagérer, de ne pas s’abandonner à l’hubris (la démesure), Ali Kazma entend aussi donner une leçon qui plaide avec force contre l’économie spectaculaire qui a fini par régir le champ des images communes dont nous abreuvent médias télévisuels et écrans d’ordinateurs. L’art se constitue alors comme une poétique d’appréciation au plus près de notre condition. Décliner des images du travail à la manière d’Ali Kazma équivaut dans ce cadre à métaphoriser ce qui fait l’essentiel de nos vies, l’activité, en l’inscrivant dans une dynamique d’élévation. Si la réalité peuple bien ces images-là, le sublime n’en est jamais loin non plus. Le spectateur face à l’écran balance constamment entre un sentiment d’acquiescement et de fascination. Oui, c’est bien ainsi que les hommes vivent.

 

Qu’advient-il alors quand ils ne vivent plus dans un lieu donné ? Quelles traces historiques laissent les hommes quand ils s’en vont ? C’est à ces questions que répondent les deux vidéos de Kazma présentées dans « L’Histoire est à moi ! », dont les titres, en filigrane, connotent la recherche de traces.

Absence : l’OTAN abandonne du jour au lendemain la base américaine de Soesterberg, aux Pays-Bas, où Kazma filme d’un même regard les machines rouillées d’une guerre qui n’aura pas eu lieu et la reprise de pouvoir par la nature alentour. Ici, la végétation peu à peu enfouit le lieu, un lieu vide d’hommes où les seuls opérateurs sont désormais des insectes.

Past : à Bibracte, au cœur du Morvan, Kazma filme le monde des Gaules, ou plutôt, le travail d’archéologues (auquel s’associe à sa façon le travail filmique de l’artiste) qui tentent de mettre en lumière les traces ténues d’un monde aussi glorieux qu’évanoui. L’Histoire est passée par Bibracte.

Film coproduit par Le Jeu de Paume, Paris