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À TOULOUSE

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Angel Vergara

Feuilleton - les sept péchés capitaux
28.09.12 - 21.10.12
Exposition — les Abattoirs, Musée – Frac Occitanie Toulouse

Angel Vergara
Feuilleton. Les Sept Péchés Capitaux (sept projections simultanées de 6min 24 sec.) (2011)
Courtoisie Galerie Almine Rech
Crédit photo : Nicolas Brasseur, Le Printemps de Septembre 2012

Angel Vergara
Feuilleton. Les Sept Péchés Capitaux (sept projections simultanées de 6min 24 sec.) (2011)
Courtoisie Galerie Almine Rech
Crédit photo : Nicolas Brasseur, Le Printemps de Septembre 2012

Né en 1958 à Mières (Espagne). Vit et travaille à Bruxelles. 

 

Feuilleton - les sept péchés capitaux, installation vidéo (2011)

 

L’Histoire a son rythme, l’art, le sien

 

Angel Vergara étudie l’art à l’École de Recherche Graphique (ERG) de Bruxelles. Dès le début des années 1980, l’artiste utilise de nombreux médias tels que le dessin, la vidéo, l'installation et la performance. Pour lui, il s’agit surtout de moyens lui permettant de revisiter la peinture. « Issu d'un milieu immigré et prolo », dit Angel Vergara, « j'ai toujours cru en l'acte de peindre. » L’audiovisuel prend bientôt une place plus importante dans son œuvre, qu’il s’agisse de conserver les traces de ses performances « picturales » ou de réaliser des vidéo autonomes.
Parmi les expositions collectives auxquelles Angel Vergara a participé : « Ripple Across the Water », Watari Museum of Contemporary Art,Tokyo (1995), « Fetishimage », Witte de With Center for Contemporary Art, Rotterdam (1997), « Indoor », Musée d’art contemporain, Lyon (1999). En 2011, l’artiste représente le Pavillon belge lors de la Biennale d’art de Venise. Parmi ses expositions personnelles récentes : « Angel Vergara, We, the art works’ », à Bruxelles et Lisbonne (2005), « The Straatman's contract », BLAC, Bruxelles (2006) et « Actes et Tableaux- retransmissions », MAC Grand Hornu, Belgique (2006). En 2008 il participe à Art Basel.

 

Angel Vergara se fait connaître grâce à son personnage de « Straatman » (« L'homme de la rue »), qu’il invente en 1988 lors de la Biennale de Venise. Il intitule Actions la série de performances filmées qu’il réalise, durant lesquelles il introduit cet alter ego dans divers contextes sociaux et culturels. Caché sous un drap blanc, il intervient dans l’espace public en dessinant en temps réel ce qui se passe autour de lui. Support de la toile de peinture, mais aussi référence au drap dont se recouvraient les photographes d’autrefois pour amoindrir les effets parasites de la lumière extérieure, l’artiste est ainsi à la fois acteur et spectateur, « avec » son sujet et en dehors de celui-ci : « Ma volonté, c’est d’être dans le monde : pas face au motif, mais dans le motif. » Pour Angel Vergara, dans une lignée proudhonienne, l’art se doit de tendre à un horizon sociopolitique. Si l’esthétique importe, elle n’est pas tout.

Parallèlement à ces actions, Angel Vergara, en sampler, s’approprie des images issues des médias dans le but de créer des œuvres vidéo à part entière. Dans les années 2000, il peint directement sur les images projetées, comme si celles-ci constituaient sa palette. Son goût pour la performance, pour autant, ne faiblit pas. Deux corps amoureux (2004, vidéo-performance) montre deux personnes recouvertes d’un large suaire, debout devant un mur également blanc. Seules leurs mains s’extraient de ce voile fantomatique. Pendant qu’ils s’enlacent et s’embrassent, les deux protagonistes de cette « action » filmée dessinent à la craie (à l’aveugle, donc) sur le mur. Sous une forme intimiste, le couple et le sexe, dans toute leur dimension poétique, exposent ici un moment d’expérience, une aventureuse fusion des corps et des formes.

L’installation vidéo Feuilleton - les sept péchés capitaux présentée à Toulouse se compose de sept écrans diffusant des images d’actualité ou d’archive. Des coups de pinceaux porteurs de couleur, donnés par l’artiste, viennent « attaquer » la surface des écrans : comme l’irruption, dans le cycle nerveux de l’Histoire collective, d’une trace singulière, personnalisée, presque irrespectueuse, proche de signifier sinon l’indifférence aux événements, du moins un désir de retrait. Cette frise, puissante allégorie visuelle, dit aussi la puissance de l’art – sa capacité d’investissement, sa capacité de désinvestissement tout pareil. Le théâtre ininterrompu d’images qui fait, en notre ère du tout-médiatique, la substance vaguement matérielle de l’Histoire est une chose, le pouvoir de l’art prodigue de ses propres images en est une autre. Cette œuvre a été exposée lors la Biennale d ‘art de Venise 2011, dans le pavillon belge, sous le nom de Feuilleton. Elle fait bel et bien l’effet d’un puissant contredit à l’invasion de nos consciences par le fait historique, devenu proliférant (« CNN Effect »). Le peintre belge Luc Tuymans, que l’artiste avait choisi comme commissaire, voit en cette œuvre « une réflexion sur le thème des sept péchés capitaux, comme par exemple, l’envie, la colère, la paresse intellectuelle… » Et Tuymans de préciser : « Utiliser ce thème comme leitmotiv appliqué à la société actuelle, c’est véritablement inoculer une sorte de virus dans l’éventail des images que l’actualité nous livre dans toute leur trivialité. »