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À TOULOUSE

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Christian Tagliavini

1503
28.09.12 - 21.10.12
Exposition — les Abattoirs, Musée – Frac Occitanie Toulouse

Christian Tagliavini
Cecilia, série 1503 (2010)
Courtoisie galerie Esther Woerdehoff, Paris
Crédit photo: Nicolas Brasseur, Le Printemps de Septembre 2012

Christian Tagliavini
1503, série photographique (2010)
Courtoisie de l'artiste et de la Galerie Mrs Esther Woedehoff, Paris
Crédit photo : Nicolas Brasseur, Le Printemps de Septembre 2012

Christian Tagliavini
Ritratto di giovane donna, série 1503 (2010)
Courtoisie galerie Esther Woerdehoff, Paris
Crédit photo: Nicolas Brasseur, Le Printemps de Septembre 2012

Né en 1971, en Suisse. Vit et travaille à Lugano. 

 

1503, série photographique (2010)

 

Tailler un costume à l’histoire de l’art

 

Christian Tagliavini étudie en Italie et en Suisse, où il devient graphic designer et photographe. Dans son petit studio photo de Lugano, il aime créer de minutieuses mises en scène qui ne laissent rien au hasard. Autodidacte et modeste, il se décrit ainsi: « Il me semble encore débuter. Je me vois comme un artisan, je n’ai pas le sentiment d’être un artiste. »
En 2008, il participe aux Journées Photographiques de Bienne (Suisse) et à la VIème biennale dell’ Immagine à Chiasso (Suisse). En 2011, la galerie Cons Arc, à Chiasso, lui consacre sa première exposition en solo : « Quadreria Privata ». La même année, il participe à la Mia Art Fair à Milan puis à Paris Photo et la galerie Dietmar/Noble de Londres expose son travail lors d’une exposition solo intitulée « Cut Out and Keep ».

 

Sa première série photographique, Aspettando Freud (« En attendant Freud », 2006) montre une salle d’attente tristement éclairée et ornée d’un portrait de Freud. Un personnage chaque fois différent, assis sur une chaise, y attend son tour de divan. Gustave, un homme d’âge moyen ne portant que slip, chaussettes et brassards-bouées, fixe gravement l’objectif. Debbie, une cinquantaine d’années, est vêtue d’un costume de Bunny tout droit sorti de Playboy et Kläé a des airs de ballerine en tutu et chaussons roses. Autant de patients vieillissants auxquels l’enfance et ses traumatismes collent littéralement à la peau. L’artiste trouve là une manière à la fois drôle et sinistre de photographier ce qui ne peut justement pas se voir.

 

Dans sa série Cromofobia (« Phobie des couleurs », 2007), Christian Tagliavini capture différents moments de la vie de « Mrs Maggie », une mère au foyer des années 1950. Comme dans toutes ses œuvres, la mise en scène est extrêmement détaillée et documentée. L’artiste s’attache à respecter fidèlement la réalité historique dans son choix des vêtements, des meubles, au point de faire fabriquer le papier peint que l’on voit dans ses photographies, faute d’avoir pu en trouver un qui soit d’époque. Christian Tagliavini écrit, à propos de Cromofobia : « Maggie a une petite trentaine, et elle a un problème : elle vit dans des sortes de limbes monochromes et ultra ordonnés. Tout objet coloré la perturbe lorsqu’il parvient à entrer dans sa petite maison contre sa volonté. » Sur l’une des photos, on la voit d’ailleurs dans son intérieur neutre regarder à distance un cadeau emballé d’un papier jaune pétard et orné d’un nœud rouge. Cromofobia est aussi une métaphore : « En commençant la photo, j’ai eu ma période noir et blanc. Et puis j’ai découvert la magie des couleurs dans la vie comme dans la photo ! », précise l’artiste.

 

En 2008, Christian Tagliavini réalise Dame di Cartone (« Dames en carton »), une série de portraits de femmes habillées de robes entièrement composées de carton découpé. L’artiste dit s’être autant amusé à fabriquer ces habits de poupées géantes qu’à prendre chaque photographie de cette série d’images. Chaque robe est exemplaire d’un style, d’une époque : lourdes robes à collerette du XVIIe siècle, ensemble ultra structuré en style cubiste, taille serrée et sac « jolie madame » typiques des années 1950… L’artiste, sans doute, exagère chaque style jusqu’à la caricature. Dans ce défilé de mode, c’est toutefois la beauté qui l’emporte. Toute l’œuvre de Tagliavini oscille ainsi entre hommage et parodie, et c’est dans cette tension, dans cet indécidable que réside la valeur de son travail.

 

La série 1503 exposée aux Abattoirs est à l’origine un ensemble de neuf portraits auxquels l’artiste a travaillé durant toute l’année 2010. Inspiré par la Renaissance italienne, il tire son nom de l’année de naissance de Bronzino, célèbre peintre maniériste que le photographe admire par-dessus tout. Là encore, c’est Tagliavini lui-même qui a fabriqué les robes d’époque portées par ses modèles. Les visages de ces femmes et de ces hommes si incarnés contrastent avec la sophistication et la solennité des costumes.
Intimité des visages et rôle social du vêtement, contemporanéité du modèle et vêtement appartenant à l’Histoire, Christian Tagliavini, sans jamais renoncer à créer de belles images, noue un dialogue constant entre passé et présent.