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À TOULOUSE

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Christoph Draeger

28.09.12 - 21.10.12
Exposition — les Abattoirs, Musée – Frac Occitanie Toulouse

Christoph Draeger
Black September, installation vidéo (2002)
Crédit photo : Nicolas Brasseur, Le Printemps de Septembre 2012

Christoph Draeger
Mondrian Criminals : The Crime of the Century, sérigraphie numérique (2011-2012)
Crédit photo : Nicolas Brasseur, Le Printemps de Septembre 2012

Né en 1965 à Zurich. Vit et travaille à Zurich et New-York. 

 

Black September, installation (2002)
Mondrian Criminals : The Crime of the Century, Installation (2011-2012)
 

Des images gravées dans notre mémoire

 

De 1986 à 1990, Christoph Draeger étudie à l’école des Arts Visuels de Lucerne puis à l’École Nationale Supérieure des Arts Visuels de la Cambre à Bruxelles. Très vite il trouve son thème de prédilection : la catastrophe, qu’il décline sous forme de sculptures, d’installations, de peintures et de séries photographiques. L’artiste s’intéresse en particulier à l’impact et à l’authenticité des images véhiculées par les médias, celles qui couvrent les différents désastres liés à l’activité humaine. Après avoir réalisé, en 1994, de grandes photographies de maquettes de villes imaginaires détruites, Christoph Draeger se tourne ensuite vers les images de catastrophes naturelles, d'accidents ou d'actes terroristes. Les crashes aériens qui jalonnent son œuvre semblent particulièrement le fasciner, même s’il n’a jamais enduré dans sa vie en termes de catastrophe vécue, confesse-t-il, qu’un accident de voiture sans gravité !

 

À partir de 1994, Christoph Draeger commence à compiler une série de soixante seize photos intitulée Voyages Apocalyptiques. Des années après les événements, il se rend sur les lieux d’une catastrophe – à Kobe, sur les stades du Heysel et de Furiani, à Little Big Horn, à Hiroshima et Nagasaki…, autant de noms macabres accolés à des images paisibles de lieux d’où toute trace des faits a disparu. L’artiste, qui sait combien pour les journaux « bad news is the only good news », montre comment les médias nous ont habitués à voir des images de catastrophes formatées. En uniformisant les différents désastres, ils les banalisent presque et nous en donnent une lecture tronquée. C’est contre cette subversion de notre perception que l’artiste suisse entend lutter. Dans Voyages Apocalyptiques, ces photos de lieux redevenus banals nous disent aussi que la vie reprend toujours son cours, et que l’oubli est possible.

 

Se qualifiant lui-même de spécialiste de la catastrophe, Christoph Draeger continue d’explorer le sujet en 1999 avec la série 18 500 Days After, pour laquelle il réalise deux photos vues d’avion d’Hiroshima et de Nagasaki, à 8h15 du matin pour la première ville et 11h02 pour la seconde, heures précises où ont été larguées par des B29 de l’US Air Force les deux bombes atomiques jamais utilisées dans une guerre, presque 20 000 jours plus tôt.

De 2003 à 2008, il se consacre à un grand ensemble, The Most Beautiful Disasters in the World, où il reprend ses sujets favoris : tremblement de terre de Kobe, crash aérien de Lockerbie, attentats du 11 septembre 2001... Cette fois, il adopte un procédé inédit de traitement iconographique: il transfère des images de presse sur de grandes toiles qu’il découpe ensuite en des milliers de pièces de puzzle. Ces visions funestes contrastent avec l’association que l’on fait d’ordinaire entre puzzles géants et paysages idylliques. On pense aussi au jeu de patience nécessaire à la recomposition de l’image. Sans doute l’artiste nous propose-t-il d’appliquer ce processus symbolique à ces images trop vite vues et oubliées.

« Mon travail porte sur la mémoire » dit-il : « Un village ou un site devient le centre de l’attention des médias et synonyme de désastre. Cela reste vrai pendant un moment et puis les gens oublient. » En 2011, Christoph Draeger réalise une série de portraits de survivants du tsunami qui a frappé la Thaïlande et le Sri Lanka en 2004. La vision de ces hommes et femmes qui posent avec simplicité, debout et dos à la mer, en dit plus long sur le drame qu’ils ont traversé que bien des discours.

 

À Toulouse est présentée l’installation vidéo Black September, évocation de la funeste prise d’otages, pendant les Jeux olympiques de Munich, d’athlètes israéliens par le commando palestinien Septembre Noir, en 1972. Pour les quarante ans de l’anniversaire de cette tragédie sanglante, l’artiste a récréé la chambre d’hôtel où otages et terroristes suivaient en direct à la télé les news relatant tout à la fois l’événement et la progression de la police. Sur une télévision similaire, nous pouvons nous aussi visionner ces documents d’époque. Ainsi, passé et présent se mêlent, de même qu’acteurs et spectateurs. Avec cette œuvre, Christoph Draeger suggère également que la violence et son illustration simultanée, tout comme la globalisation de l’image et celle du terrorisme, ont partie liée, et nous rappelle incidemment que le conflit israélo-palestinien, quarante ans après les faits, n’a hélas rien perdu de son actualité.

Autre regard sur un conflit sanglant, Mondrian Criminals : The Crime of the Century (2011-2012) fait référence au Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie. Dans ce tableau composé de vingt portraits, l’artiste affuble les criminels de guerre de noms d’acteurs du box office américain, de manière ambiguë. Ainsi Slobodan Milosevic, ici, is Dustin Hoffmann. La guerre, le cinéma, la violence et ses images fétiches, tout se confond. Le cinéma comme une forme de continuation de la guerre par d’autres moyens ? L’ennuyeux est de tout dire.