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À TOULOUSE

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Collectif AES+F

The Feast of Trimalchio (Le Festion de Trimalcion)
28.09.12 - 21.10.12
Exposition — les Abattoirs, Musée – Frac Occitanie Toulouse

The Feast of Trimalchio. Allegory #3 (Triumph of Africa) (2010). Courtoisie Galerie Triumph, Moscou. Crédits photo: Nicolas Brasseur, Le Printemps de Septembre 2012.

The Feast of Trimalchio, panorama #1 (2010). Courtoisie Galerie Triumph, Moscou. Crédits photo: Nicolas Brasseur, Le Printemps de Septembre à Toulouse 2012.

The Feast of Trimalchio. photographies, collages digitaux (2010). Courtoisie de AES+F et de la Galerie Triumph, Moscou. Crédit photo : Nicolas Brasseur, Le Printemps de Septembre 2012.

Tatiana Arzamasova, née en 1955
Lev Evzovich, né en 1958
Evgeny Svyatsky, né en 1957
Vladimir Fridkes, né en 1956
Vivent et travaillent à Moscou (Russie)

 

The Feast of Trimalchio, ensemble photographique (2010)

 

Après l’Histoire

 

Ce trio de trois personnalités moscovites issues du monde de l’architecture se forme en 1987. En 1995, il mue en quatuor avec l’arrivée de Vladimir Fridkes, photographe de mode. Le collectif conçoit des œuvres à partir de supports variés : photos, souvent retravaillées à l’ordinateur, vidéos et parfois dessins, peintures et sculptures. Son travail a été largement exposé, notamment dans les biennales du monde entier comme celles de Venise, Lyon, Sydney, Moscou, Istanbul ou encore Séoul.

Réalisée en 1998, l’œuvre intitulée Les Suspectes s’inspire d’un fait divers sanglant. Composée d’une série de quatorze portraits, elle montre de jeunes adolescentes russes photographiées en buste sur un fond neutre. Parmi elles, les artistes indiquent que se trouvent représentées là sept innocentes et sept coupables de crimes commis au couteau de cuisine. Le spectateur est placé devant une énigme quasi insoluble, rien ne distinguant les jeunes filles sinon d’anecdotiques différences de maquillage ou de coiffure. Lors de la première exposition des Suspectes, une jeune fille de 10-12 ans bien réelle était placée au centre de l’exposition des portraits et distribuait des billets de loterie aux spectateurs frustrés de ne pouvoir résoudre l’enquête. Avec cette œuvre, le collectif inaugure ce qui sera le thème central de son travail : le monde cruel de l’enfance et de l’adolescence comme métaphore de la société toute entière.

 

Avec la série photographique Rich Boy (2000), le groupe poursuit son exploration de l’enfance corrompue par le monde actuel en nous offrant le spectacle déprimant d’un blondinet d’une dizaine d'années qui s’ennuie dans un décor luxueux. La solitude, le regard désabusé de l’enfant, décrit par AES+F comme « un genre de Dorian Gray », sont glaçants.
Entre 2005 et 2007 le collectif réalise Last Riot, un ensemble de photos, vidéos, dessins et sculptures qui recrée l’improbable « paradis d’un monde qui a muté, où le passé côtoie le futur ». Selon AEF+S : « Les habitants ont perdu leur sexe et deviennent des sortes d’anges. Ils n’ont plus qu’une seule identité : ce sont les rebelles de la ‘’dernière révolte’’. Ils se combattent les uns les autres, il n’y a plus de différence entre victime et agresseur, entre homme et femme. Ce monde célèbre la fin des idéologies, de l’histoire et de l’éthique. » On assiste là au fascinant spectacle d’une histoire apocalyptique où de magnifiques enfants et adolescents de tous sexes et races, souvent vêtus de treillis, se frappent de mille et une manières. Artificialité et froideur de la mise en scène dominent. Cette jeunesse multiculturelle au combat adopte une gestuelle affectée qui fait écho aux marbres antiques. Quant au paysage virtuel où se déroule ce conflit absurde, il mélange allusions aux nouvelles technologies et au monde industriel.
 

Une même esthétique distanciée, de nature à rendre le spectateur perplexe, se retrouve dans l’ensemble photographique présenté à Toulouse (2009). Trois ans de travail furent nécessaires pour réaliser The Feast of Trimalchio (Le Festion de Trimalcion), transposition moderne d’un épisode du Satiricon du poète latin Pétrone. Fasciné par les fêtes orgiaques organisées par Trimalcion, esclave enrichi qui fut le premier « parvenu » de l’Histoire, le collectif d’artiste entend rendre hommage à « l’imagination de Pétrone, dont le nom est devenu synonyme de richesse et de luxe, de gloutonnerie et de plaisir débridé qui contrastent avec la brièveté de l’existence. Nous avons cherché une analogie avec le Troisième millénaire. » Un paradis futuriste qui ressemble aussi à un enfer aseptisé...