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À TOULOUSE

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Fernando Prats

Gran Sur
28.09.12 - 21.10.12
Exposition — Espace Croix-Baragnon

Fernando Prats
Gran Sur (2011)
Courtoisie Fernando Prats & galerie Joan Prats
Crédit photo : Nicolas Brasseur, Le Printemps de Septembre 2012

Fernando Prats
Gran Sur (2011)
Courtoisie Fernando Prats & galerie Joan Prats
Crédit photo : Nicolas Brasseur, Le Printemps de Septembre 2012

Fernando Prats
Gran Sur (2011)
Courtoisie Fernando Prats & galerie Joan Prats
Crédit photo : Nicolas Brasseur, Le Printemps de Septembre 2012

Fernando Prats
Gran Sur (2011)
Courtoisie Fernando Prats & galerie Joan Prats
Crédit photo : Nicolas Brasseur, Le Printemps de Septembre 2012

Né en 1967 à Buenos Aires (Argentine), de nationalité chilienne. Vit et travaille au Chili et à Barcelone. 

 

Gran Sur, installation (2010)


Un mémorialiste singulier

 

Après une licence en Art à l’université du Chili, Fernando Prats traverse l’Atlantique pour gagner l’Espagne. Il y étudie la peinture à l’École Massana et obtient un Master à l’Université de Barcelone, où il vit depuis 1990.
Fernando Prats est un artiste aussi polyvalent que prolifique. Photographie, poésie, design, musique ou encore vidéo : c’est un touche-à-tout. Il est également le créatif directeur de la société de design graphique Estudi Prats et de la revue de culture contemporaine Y Sin Embargo. Quel que soit le médium qu’il choisit pour s’exprimer, il s’intéresse tout particulièrement au texte et à ses représentations plastiques.
Ses œuvres sont fréquemment exposées à l’échelon international – récemment, à la Maison de l’Amérique Latine (Paris, printemps 2012). Elles sont représentées dans de multiples collections : Fundación Caixa de Manresa (Catalogne), Kunstmuseum des Erzbistums à Cologne, Diözesanmuseum à Würzburg, Musée National des Beaux- arts de Santiago du Chili. En 2011, l’artiste représente le Chili à la Biennale d’art contemporain de Venise.

 

La méthode de l’artiste est singulière. Fernando Prats « peint » de manière inédite : dans son atelier de Barcelone, il noircit de fumée charbonneuse des papiers de formats divers qu’il utilise ensuite comme autant de toiles « passives ». L’artiste dispose ses papiers noircis dans un paysage de son choix (désert d’Atacama, zone recouverte de cendre par le volcan Chaiten, au Chili…) et laisse les particularités du site peindre à sa place, tout en participant au processus. Présenté à l’exposition « Ailleurs » en 2011 (Espace culturel Louis Vuitton, Paris), Accion Chaiten est un ensemble plastique et documentaire inspiré de ces traces provoquées par l’éruption volcanique qui eut lieu en 2008 à Chaiten, région aujourd’hui inhabitée. La vidéo qu’en rapporte l’artiste le montre, calme et sérieux, glisser ses feuilles fumées des dizaines de fois sous les roues d'une voiture, ou tenter d’y imprimer la forme des ressorts d’un matelas éventré.

En offrant chaque support à l’action du vent, de l’eau, de la poussière, des gouttes de pluie chargées de cendres comme du martèlement du volet d'une maison abandonnée, Fernando Prats permet à la nature de laisser sa trace, d’écrire sa propre histoire. Bord de mer, désert, ruines consécutives à un tremblement de terre, chaque papier s’imprègne de la vie naturelle du site, et constitue une empreinte, le témoignage d’un lieu et d’une histoire. Les feuillets peints accumulés par l’artiste çà et là de par le monde deviennent des tableaux mémoriels.

 

Son installation Gran Sur se compose d’une photo, sur laquelle on discerne une installation de néons au beau milieu d’un paysage polaire et de néons que l’on retrouve dans la pièce exposée, à titre de citation et de référence. Il s’agit là du compte-rendu d’une réalisation concrète en Antarctique. Ce surprenant montage de lettres en tubes fluorescents élaboré par l’artiste dans le grand sud polaire fait référence à une petite annonce publiée par l’explorateur britannique Ernest Shackleton qui, en 1911, prépare une expédition trans-Antarctique sur son navire, l’Endurance : « Cherchons hommes pour voyage risqué, salaire bas, froid extrême, longs mois d’obscurité totale, dangers constants, retour sain et sauf non garanti et reconnaissance en cas de réussite. » Cette expédition qui eut lieu de 1914 à 1917 fut de fait extrêmement périlleuse : l’embarcation dérivera pendant des mois, emprisonnée dans les glaces qui finiront par la broyer en novembre 1915, l’équipage étant contraint de camper sur la banquise. À l’aide d’un canot de sauvetage, Ernest Shackleton et cinq de ses hommes tentent le tout pour le tout, en partant chercher de l’aide. L’équipage sera finalement sauvé en août 1916 grâce à l’héroïsme de ce capitaine courageux, après une épopée qui ne démentit pas la devise des Shackleton : « Par l'endurance nous vaincrons » !

Fernando Prats a mené l’équivalent d’une expédition commémorative à l’occasion du centenaire de la petite annonce de Shackleton. C’est au terme de son voyage à bord du brise-glace militaire chilien Almirante Viel qu’il réalise son projet sur l’île de l’Eléphant, celle-là même où s’était échoué l’Endurance. En 2007, l’artiste écrit : « La décision de Sir Ernest Shackleton de se lancer dans cette aventure ressemble à n’importe quelle idée artistique : le but, c’est toujours de découvrir et de révéler ce qui ne l’a encore jamais été. »