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À TOULOUSE

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Gérard Rancinan

La Trilogie des Modernes
28.09.12 - 21.10.12
Exposition — les Abattoirs, Musée – Frac Occitanie Toulouse

Gérard Rancinan
Le Banquet des Idoles, photographie (2012)

Crédit photo : Nicolas Brasseur, Le Printemps de Septembre 2012

Gérard Rancinan

La Trilogie des Modernes, extrait, série photographique (2012)

Crédit photo : Nicolas Brasseur, Le Printemps de Septembre 2012

Gérard Rancinan
Le Banquet des Idoles, photographie (2012)
Crédit photo : Nicolas Brasseur, Le Printemps de Septembre 2012

Gérard Rancinan

La Trilogie des Modernes, extrait, série photographique (2012)

Crédit photo : Nicolas Brasseur, Le Printemps de Septembre 2012

Gérard Rancinan

Le Radeau des Illusions, photographie (2012)

Crédit photo : Nicolas Brasseur, Le Printemps de Septembre 2012

Né en 1953 à Talence (France). Vit et travaille à Bordeaux et Ivry-sur-Seine. 

 

La Trilogie des Modernes, extraits, photographies


L’Histoire au goût du jour

 

Considéré comme un photographe majeur, Gérard Rancinan se définit lui-même comme « un témoin éveillé des métamorphoses de l'humanité ». À l’âge de quinze ans, le jeune Rancinan entre comme apprenti au laboratoire du service photographique du journal Sud Ouest (Bordeaux) et, après trois ans de chambre noire, devient en 1971 le plus jeune photojournaliste de France. Il a photographié depuis lors les plus grands, du Pape Jean Paul II à Yasser Arafat. Ses « sagas » photographiques illustrant les mouvements de nos sociétés sont publiées dans des magazines tels que Paris Match, Life Magazine, le Sunday Times. Depuis les années 2000, le travail de Rancinan s’intègre sans heurt esthétique dans la scène artistique contemporaine (« Urban Jungle » à l'Espace Cardin de Paris, 2000). En 2009, les photographies de Gérard Rancinan sont au Palais de Tokyo ; en 2012, on les retrouve, entre autres, à la Triennale de Milan et à la galerie Valérie Bach à Bruxelles.

 

Passionné de la vie, de l’Histoire, des motos aussi, le rapport au temps de l’artiste (si fondamental dans la photographie) n’est pas sans lien avec sa passion motarde : un jour, assis à la place du passager dans une voiture, il était chargé avec un collègue de suivre des événements locaux. Passe à sa droite une Harley-Davidson dont il va capturer le passage sur un polaroid avant que la moto ne disparaisse de ses yeux : une expérience fondatrice de la capacité unique de la photographie à vivifier, plus qu’à figer, le temps en train de s’écouler.

Il se décrit dès lors comme un témoin du présent. Considérant la photographie comme un miroir de notre société, Gérard Rancinan revisite et réactualise les chefs-d’œuvre de l’histoire de l’art, de Bosch à Matisse, Velasquez ou Delacroix. La série Métamorphoses s’inspire ainsi des grands peintres de la Renaissance, tout en représentant le monde moderne : l’immigration et ses désillusions avec le Radeau de la Méduse, ce tristement contemporain rassemblement de « boat people » ; la « malbouffe » avec La Cène qui fait de Jésus un serveur de fast-food entouré d’apôtres obèses et obsédés par les nourritures terrestres.

« À la manière d’un metteur en scène, dit Gérard Rancinan lui-même, le photographe dirige ses figurants. Mais il doit tenir compte du fait que l’action ne saurait masquer les défauts de l’œuvre : celle-ci doit être parfaite, jusqu’en ses moindres détails. » Pour lui, la photographie est un exercice de pouvoir lourd de responsabilités, dans lequel la qualité des échanges entre photographe et photographié joue un rôle central. Le choix des figurants revêt une importance primordiale : la plupart de ceux de son Radeau de la Méduse sont effectivement des immigrés, ce qui ne saurait être étranger à la qualité de l’alchimie réussie entre l’artiste et ses acteurs.

 

Photographe engagé, Gérard Rancinan photographie ses contemporains. Pour « L’Histoire est à moi ! », il s’approprie, entre autres, la fameuse Liberté guidant le peuple d’Eugène Delacroix, véritable icône de l’idéal républicain. Profondément ancrée dans l’histoire, la toile de Delacroix, exposée au Salon de mai en 1831, nous rappelle ce qui advint après que Charles X et le prince de Polignac ont remis en cause les acquis de la Révolution. C’est à nouveau la révolution à Paris, et en trois jours, les Bourbons sont renversés.

Dans le tableau de Delacroix, la foule converge vers le spectateur, brandissant des armes ; menant le jeu, une fille du peuple, coiffée du bonnet phrygien, incarne la révolte et la victoire tout à la fois. Comme l’écrit Malika Dorbani, « le tableau témoigne du dernier sursaut de l’Ancien Régime et symbolise la liberté et la révolution » – politique comme picturale. La Liberté Dévoilée de Rancinan remplace les personnages de Delacroix par des personnages d’aujourd’hui mais conserve une dynamique globale similaire. La scène est trash, crépusculaire, elle nous parle de combats peut-être moins nobles mais semble nous dire elle aussi que, voilée ou non, la liberté nous est indispensable, aujourd’hui comme hier, et que c’est elle qu’il nous faut suivre, encore et encore.