EN

À TOULOUSE

Archives

Ion Grigorescu

Performing History (Canapé Demonstration)
28.09.12 - 21.10.12
Exposition — BBB centre d'art

Ion Grigorescu
Performing History (Canapé Demonstration), vidéo projection (2011)
Courtoisie de l'artiste et de la Galerie Gregor Podnar, Berlin/ Ljubljana

Crédit photo : Nicolas Brasseur, Le Printemps de Septembre 2012

Né en 1945. Vit et travaille à Bucarest. 

 

Performing History (Canapé Demonstration), installation multimédia (2011)

 

Mon Pays, c’est moi aussi

 

Ion Grigorescu est l'une des figures les plus emblématiques de la scène artistique roumaine. Pourtant, sa réputation a mis du temps à franchir les frontières. Actif dès le début des années 70, l’artiste a en effet produit une grande partie de son œuvre sous le régime totalitaire de Ceaucescu, où il a joué un rôle important dans la résistance d’une scène artistique indépendante clandestine. Créateur pluridisciplinaire, son travail est axé autour du corps et de la politique, aussi bien sous le prisme du communisme que du capitalisme triomphant. Ses supports de prédilection sont les photos, les collages photos, les films 8mm et les performances enregistrées. Nées dans le secret de son appartement studio, ces œuvres sont longtemps restées confidentielles. Elles n’ont acquis une reconnaissance internationale qu’à partir des années 90, après la chute du dictateur. Depuis, l’artiste prend part à de nombreuses et prestigieuses expositions internationales, au rang desquels la Documenta 12 à Kassel en 2007, ou la Biennale de Venise en 1997 et en 2011. Parmi ses dernières expositions solos : « Ressources », National Museum of Contemporary Art, Bucarest (2007), « Superpositions », JGM Galerie, Paris (2008), « Ion Grigorescu, In the Body of the Victim 1969-2008 », Museum of Modern Art, Varsovie (2009), « Horse/Men Market Museum », Sammlung Friedrichshof, Zurndorf (2011).

 

Dans les années 70, Ion Grigorescu photographie beaucoup le corps nu, le sien le plus souvent. « Notre maison » ou « Dans ma chambre » (1974), sont pris au travers de l'œilleton d'un voyeur: on voit l’artiste nu en gros plan, déféquant et urinant quasiment sur la lentille de l’appareil photo, en écho à la crudité de l’Actionnisme Viennois. Dans, Happening Timisoara (1975), l’artiste se représente un plateau sur le pénis, et dans « L'Accouchement » (1977), une brioche sur le ventre. « Le titre de Naissance de la langue roumaine » (1974) montre son goût de l’ironie : l’image est un gros plan sur une langue, à l'instar de la photo fameuse d'Einstein. Nombre de photos de cette époque documentent la vie quotidienne en Roumanie. Sur certaines, la présence de visages fermés (les hommes de la Securitate de Ceaucescu) au milieu de la foule sont des documents éloquents quant à l’ambiance sinistre de surveillance qui régnait alors dans le pays.

 

En 1978, il produit « Dialogue avec Ceaucescu ». Dans ce film, l’artiste joue deux rôles à la fois: celui du dictateur en portant un masque représentant ce dernier et celui du citoyen lambda désireux de poser des questions à son président. En 2007, il poursuit cette conversation dans « Dialogue Post Mortem avec Ceaucescu ». Deux acteurs, affublés de deux énormes masques, figurent Ceaucescu et sa femme discutant de leur passé politique.

 

Ion Grigorescu a produit nombre d’œuvres politiquement incorrectes dont beaucoup sont censurées au début des années 80. C’est le moment que choisit l’artiste pour se consacrer à la restauration d’églises et s’éloigner de la vie politique de son pays, jusqu’au changement de régime en 1989.

 

Au bbb, Performing History (Canapé Demonstration) montre des images d’un jour de fête nationale sous la dictature, auquel les citoyens étaient tenus de participer comme preuve de leur adhésion. Cette vidéo, projetée sur un canapé, nous invite à imaginer qu’une personne y est allongée, faisant corps avec sa propre histoire. L’artiste en évoquant cette œuvre dit: « À l’âge de 45 ans, il m’a fallu dépasser le sentiment que la place était prise désormais par une génération d’artistes plus jeunes pour me décider à parler de ce passé vécu sous un régime totalitaire. Ce faisant, j’ai réalisé que les œuvres parlant du passé s’avèrent en fait très contemporaines… »