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À TOULOUSE

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Jean-Michel Pancin

Tout dépendait du temps....
28.09.12 - 21.10.12
Exposition — les Abattoirs, Musée – Frac Occitanie Toulouse

Jean-Michel Pancin
Cellule 025, série Lumière, photographie (2010-2012)
Courtoisie de l’artiste
Crédit photo : Nicolas Brasseur, Le Printemps de Septembre 2012

Jean-Michel Pancin
Pelotes
Courtoisie de l'artiste
Crédit photo : Nicolas Brasseur, Le Printemps de Septembre 2012

Jean-Michel Pancin
Tout dépendait du temps…, installation (2012)
Courtoisie de l’artiste
Crédit photo : Nicolas Brasseur, Le Printemps de Septembre à Toulouse 2012

Jean-Michel Pancin
Série Mur des attentes anonymes (extrait)
Courtoisie de l'artiste
Crédit photo : Nicolas Brasseur, Le Printemps de Septembre 2012

Jean-Michel Pancin
Cellule 138, série Lumière, photographie (2010-2012)
Courtoisie de l’artiste
Crédit photo : Nicolas Brasseur, Le Printemps de Septembre 2012

Jean-Michel Pancin
Cellule 139, série Lumière, photographie (2010-2012)
Courtoisie de l’artiste
Crédit photo : Nicolas Brasseur, Le Printemps de Septembre 2012

Né en 1971 à Avignon. Vit et travaille à Paris et à Avignon.

 

Tout dépendait du temps...., installation (2012)

 

Un conteur d’histoires en quête d’enquête

 

Après une vie sportive de haut niveau en patinage artistique, Jean-Michel Pancin acquiert un diplôme en sciences économiques (Université Aix II), puis un second en art à l’École Nationale Supérieure des Arts décoratifs de Paris. Il bénéficie de plusieurs bourses et prix de création photographique, notamment du 1er Prix Leica en 2001. Il est passionné de modélisation mathématique.

Enquêteur sans répit, il prioduit en 2003 une anthologie de la Cité Apollinaire en Avignon. Cité HLM construite dans les années 1960, elle s’apparente à un univers carcéral, certains appartements n’y ayant jamais vu directement la lumière du soleil. Progressivement abandonnée, elle est détruite en 2001. « M’introduisant dans le bâtiment avant sa destruction, j’y ai découvert de nombreux témoins de ceux qui l’ont habité : jouets, posters, tapisseries, traces laissées par les squatters, détritus de pigeons. La nature citadine retrouve ses droits, accentuant l’absurdité des utopies de la ville qui se voulait pourtant moderne, fonctionnelle, efficace. ».

L’artiste développe en 2005 une exploration des frontières sans limites de la Patagonie et une documentation psychologique des paysages de Wendover, ville à la frontière du Nevada et de l’Utah. En Patagonie, Jean-Michel Pancin photographie les signes d’une tentative d’appropriation territoriale par une nation centralisatrice, et montre comment le territoire résiste en réalité à cette appropriation : les frontières, les monuments, ne suffisent pas ; seule la culture pourra y parvenir. En Amérique, mettant à profit une résidence au Center for Land Use and Interpretation de Wendover, ville de l’Ouest américain, il demande cette fois aux habitants de lui indiquer quels lieux leur semblent les plus à même d’être inventoriés par l’image – lieux auxquels ils sont attachés pour des raisons avant tout affectives. « Le but de ce projet, explique l’artiste dans un journal local, est de comprendre comment ceux de Wendover appréhendent leur environnement ». Résidence, le livre qui résultera de cette enquête, plus qu’un travail photographique, restitue une histoire de liens, de relations.

Le dessin chez Jean-Michel Pancin, précède souvent l’élaboration finale du travail. Ainsi semble-t-il dire aux habitants de Wendover : « tu me dessines, toi l’habitant, ce que tu aimes du paysage local, celui où tu vis ; je m’approprie en retour ce paysage, moi le photographe, mais pour mieux te le restituer, sous la forme ordonnée de la saisie photographique. »

C’est ainsi qu’il demande à Monsieur C., un ancien détenu de la prison Sainte-Anne en Avignon, de lui dessiner sa vision vécue de ce lieu où il fut incarcéré pendant vingt années de sa vie. C’est l’archéologie de la vie des prisonniers de Sainte-Anne qui fait l’objet du travail présenté aux Abattoirs, Tout dépendait du temps... Depuis 2010, à la manière obsessionnelle d’un Balzac, Jean-Michel Pancin explore, admire, récolte, décalque, classifie et réinvente la vie de ces hommes qui n’ont de cesse de rechercher en chaque parcelle de leur existence confinée des bribes de liberté. Dans le monde hyper-violent qui est le leur, les prisonniers dessinent des corps de femmes aux courbes voluptueuses, des cœurs d’amoureux, des bateaux dont les voiles suggèrent cet ailleurs hors d’atteinte. L’artiste s’approprie et nous restitue toutes ces manifestations de l’existence des prisonniers – telles les pelotes que leur lançaient leurs femmes ou amies, depuis le rocher des Doms, dans la cour de promenade, mais qui ne leur sont jamais parvenues, perdues sur les toits ou dans les gouttières d’où l’archéologue les extraira. Le spectateur, pris d’angoisse, troublé devant l’expression artistique d’une réalité qu’il cherche constamment à ignorer, saisi par l’émotion, se voit à son tour contraint de réagir, de se repositionner, dans son corps d’homme libre, par rapport à la prison elle-même.