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À TOULOUSE

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Joana Hadjithomas & Khalil Joreige

Khiam 2000-2007
28.09.12 - 21.10.12
Exposition — BBB centre d'art

Joana Hadjithomas et Khalil Joreige
Khiam 2000 – 2007, installation vidéo

Courtoisie de la Galerie In Situ, Fabienne Leclerc, Paris

Crédit photo : Nicolas Brasseur, Le Printemps de Septembre 2012

Nés en 1969, Beyrouth, Liban – Vivent entre Beyrouth (Liban) et Paris.

 

Joana Hadjithomas et Khalil Joreige

 

Artistes, cinéastes, Joana Hadjithomas et Khalil Joreige appartiennent à une génération d’auteurs libanais en prise directe avec l’histoire conflictuelle et complexe de leur pays, ne dissociant pas actes esthétiques et pensée politique. Joana Hadjithomas et Khalil Joreige publient, enseignent à l’Université de Beyrouth, réalisent des courts et longs métrages, documentaire et fiction. Ainsi Khiam 2000-2007, distingué dans de nombreux festivals, Je veux voir, avec Catherine Deneuve et Rabih Mroué (Sélection officielle à Cannes, 2008). Ils produisent des installations dans le contexte des musées et centres d’art internationaux. En 2012, ils présentent leur première exposition individuelle au Beirut Exhibition Center et sont lauréats du Abraaj Capital Art Prize (Dubaï). En France, ils participent à la Biennale de Lyon (2011), à la Triennale au Palais de Tokyo (2012). Leurs travaux ont intégré d’importantes collections privées et publiques.

 

Khiam 2000-2007 est programmé au BBB centre d’art dans deux expositions collectives successives, «Stratégies des espaces» (avril-juillet 2012) et « L’Histoire est à moi ! », mettant en jeu l’expérience physique et sensible du spectateur qui aura vu les deux propositions programmatiques, entre autonomie de l’oeuvre et mise en contexte des discours artistiques. C’est l’activation d’une forme d’archive et de mémoire du lieu pour qui découvre l’installation proposée à l’occasion du projet de Paul Ardenne «L’histoire est à moi ! ». C’est avant tout la qualité intrinsèque du travail qui mérite une large diffusion.

 

Khiam I (2000) - Jusqu’à la libération du Sud Liban en mai 2000, et quelle que soit la réalité et les exactions commises dans ce camp de détention géré par l’armée supplétive d’Israël, aucune image y référant ne circule. Pour rendre compte de la vie quotidienne du camp, de ses espaces contraints, de ses modes de domination et de torture, les auteurs s’appuient sur les seuls témoignages de six anciens détenus, Rajaé Abou Hamaïn, Kifah Afifé, Sonia Baydoun, Soha Bechara, Afif Hammoud et Neeman Nasrallah. Avec une grande retenue, ces derniers évoquent la souffrance, les tortures, les humiliations mais aussi la force de la solidarité collective et de la détermination personnelle, l’imagination comme échappée belle, l’acte clandestin de création comme résistance tangible.

 

Khiam II (2007) - Le camp démantelé en 2000, devenu musée (et histoire officielle du Hezbollah), est détruit par Israël en 2006 lors de la guerre de Juillet. Se pose la question de la reconstruction et reconstitution du camp. Qu’en pensent les anciens détenus ? Le factice pour évoquer la réalité des faits – et des vécus ? Joana Hadjithomas et Khalil Joreige, dans une forme d’urgence et de nécessité, retrouvent les six protagonistes de Khiam – ; des personnes «défaites», qui ont du mal à se reconstruire dans une relation au présent et dans leur société, quand ils se voient dépossédés d’une histoire individuelle qui participerait du sens collectif. Le film pose des questions récurrentes au travail des deux artistes. Quelle place pourles destins individuels dans la construction des identités communautaires ? Quelle mémoire vive, active, au présent, et pour demain ?
Khiam 2000-2007 – Dispositif de monstration des deux projets Khiam I et Khiam II, l’installation révèle la nécessité pour les auteurs d’une mise à distance symbolique d’évènements et de faits devenus historiques sur le site de Khiam.
Deux films. Le protocole de travail est le même. Face caméra, trois femmes, trois hommes. Les mêmes, à huit ans d’intervalle. Cadrage serré, pas de décor, pas de mouvement caméra, pas de démonstration. Pas d’images d’archives. Juste le temps et l’espace de paroles libérées et sincères. S’incarnent petit à petit, dans l’attention et l’écoute, par les anecdotes, les vécus individuels et les propos croisés la réalité du camp, du peuple libanais dans sa pluralité politique et confessionnelle (Khiam I). Puis la complexité de l’histoire en marche, d’un pays qui se rebâtit avec les déclarations exclusives et excluantes du Hezbollah (Khiam II).

 

Dans des sociétés médiatiques où le temps de l’image est en ultra choc accéléré, Hadjithomas et Joreige ne cessent de penser la nature des images qu’eux-mêmes produisent et partagent avec les spectateurs comme autant d’espaces offrant une alternative aux constructions de discours dominants, simplificateurs ou bipolaires.
Que peut l’art, le cinéma ?
– d’autres territoires sensibles et symboliques.
On est au Liban, on est partout ailleurs.

 

Cécile Poblon, juillet 2012