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À TOULOUSE

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L’Atlas

Signatures calligraphiques
28.09.12 - 21.10.12
Exposition — Espace public

L’Atlas
Place du Capitole, performance (2012)
Crédit photo : L’Atlas

L’Atlas
Place du Palais Royal, vidéo (Mai 2011)
Crédit photo: Nicolas Brasseur, Le Printemps de Septembre 2012

L'Atlas

Création in-situ (2012)

Courtoisie de l'artiste

Crédit photo : Nicolas Brasseur, Le Printemps de Septembre 2012

L’Atlas
Place du Capitole, performance (2012)
Crédit photo : Clément Guillaume

L’Atlas
Place du Capitole, performance (2012)
Crédit photo : Clément Guillaume

Né en 1978 à Toulouse. Vit à Paris.

 

 Signatures calligraphiques, divers lieux (2012)


Le calligraffitisme au passé-présent

 

L’Atlas, renouvelle l’art du « tag » en promouvant un type particulier de signature stylisée de son surnom d’artiste en espace public, le « crypto-tag ».
Atlas est ce dieu grec qui, dit la Théogonie, porte le monde. L’Atlas, c’est aussi le recueil de cartes géographiques qui indexe contour et caractéristiques spatiales des terres et des mers du globe. En référer à Atlas, le dieu antique, c’est convoquer un mythe de soutien du monde, mais aussi les croyances qui sont celles de temps anciens, lorsque le mythos, territoire de la pensée magique, n’avait pas encore cédé toute la place au logos, à la pensée rationalisant le monde, lui enlevant sa part d’imaginaire. En référer aux atlas (les objets, cette fois), c’est signifier que l’artiste, par son geste de signature, entend bien investir le monde, sans restriction géographique. Signant sous cette identité partout où le pressent ses pas (au vrai, dans le monde entier), l’artiste recourt non sans logique à une typologie graphique appartenant à une culture immémoriale, celle de la calligraphie. Façon de marier l’ancien et le nouveau mais aussi de signifier combien l’art se défie du temps, s’y promène, par allers et retours. Pour l’artiste, il s’agit de faire signe, de faire valoir la continuité de l’empreinte artistique dans l’histoire des hommes. L’art, à sa façon, porte le monde.

 

Le premier surnom que L’Atlas se choisit dans les années 1990, au moment où il commence à taguer sur les murs de Paris, était « Socle ». Pour signifier un désir d’enracinement, la volonté de se poser, de porter quelque chose aussi – soi, le monde ou les deux, en un même ensemble cumulatif et consanguin. Mais l’aventure tourne court. Arrêté par la Brigade Anti-Criminalité pour vandalisme, Socle décide de changer de nom et de « manière ». L’Atlas, depuis lors, signe de son nom partout où bon lui semble, dans le monde entier, de l’Europe au Japon, du Mexique à Bangkok, mais pas de façon conventionnelle. Il « scotchera » dorénavant sur le sol, façon peu agressive d’investir l’espace habité. Cette utilisation de l’adhésif lui est inspirée par son travail dans le cinéma, où il se forme alors au montage classique, qui utilise collage et adhésif. L’Atlas prend pour support non plus un mur mais, de façon classique, une toile, comme le fait un peintre conventionnel. Celle-ci, dans un premier temps, est recouverte de caches réalisés au moyen de ruban adhésif. Après quoi la toile est « bombée » de peinture noire. Une fois l’adhésif enlevé, apparaît le nom de l’artiste, sous forme calligraphique, dans un style géométrique.

L’Atlas refuse le graff décoratif, attaché qu’il reste à la seule signature. Dès avant ses vingt ans, il entreprend une vie nomade qui va porter ce moderne Siddharta Gaumata occidental au Brésil, au Maroc, en Égypte ou encore en Syrie, auprès de calligraphes de réputation internationale, dans le Moyen Atlas en Afrique du nord, puis au Caire et à Damas : l’équivalent d’un voyage initiatique dans l’univers complexe et symbolique de la calligraphie.

 

Le tag selon L’Atlas est sans équivalent. Reconnaissable entre mille, il s’inscrit formellement, le plus souvent, dans la surface d’un carré, qui évoquera par allusion le mandala oriental, ce modèle réduit analogique de la « totalité-monde ». Il peut dès lors se lire comme un jeu de lignes autant que comme un idéogramme mystérieux. Certains, dans les grandes compositions au sol de l’artiste, voient des labyrinthes. On peut y voir encore des boussoles, appréciation qui n’a rien d’incohérent. Bien des tags collés au « sol » se marient à l’espace selon une orientation précise, avec mention dans certains cas des points cardinaux. L’ensemble se conforme à l’intention de l’artiste, selon ses propres termes, de « tisser des liens plus étroits entre calligraphie et graffiti, entre l’esprit millénaire d’une tradition gestuelle et l’énergie pulsionnelle d’un mouvement qui se construit à la seule force de son poignet. »