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À TOULOUSE

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Nermine Hammam

Upekkha
28.09.12 - 21.10.12
Exposition — Lieu-Commun

Nermine Hammam
Upekkha, série photographique (2011)
Courtoisie de l’artiste
Crédit photo : Nicolas Brasseur, Le Printemps de Septembre 2012

Nermine Hammam
Upekkha, série photographique (2011)
Courtoisie de l’artiste
Crédit photo : Nicolas Brasseur, Le Printemps de Septembre 2012

Née en 1967 au Caire où elle vit et travaille.

 

Upekkha, série photographique (2011)


Les images douces d’un univers dur

 

Après avoir suivi des études de cinéma à la Tisch School of Arts de l’Université de New York où elle obtient une licence (BFA en filmmaking), Nermine Hammam participe à plusieurs tournages en tant qu’assistante, notamment avec le réalisateur américain Spike Lee et l’Égyptien Youssef Chahine. C’est là que naît son goût pour la photographie. De retour en Égypte en 1994, elle se forme au graphisme avant de fonder au Caire sa propre société, Equinox Graphics. Depuis, elle se consacre aussi bien à son œuvre de plasticienne qu’à son travail de directrice de création. Grâce à ses campagnes innovantes pour des marques bien connues des Égyptiens, Nermine Hammam introduit l’art dans l’espace public. Son travail de plasticienne est présent dans de nombreuses collections publiques et privées et il est exposé régulièrement en Égypte et à l’étranger : Photoquai, Musée du Quai Branly (2009), Biennale de la photo, Thessalonique (2010).

Le travail de l’artiste se distingue techniquement par la manipulation numérique, que Nermine Hammam met à l’œuvre par exemple dans la série Escaton (2008). Elle photographie les baigneurs sur les plages d’Alexandrie et d’Ein Sokna. Ces instantanés sont travaillés selon une technique complexe associant couches successives de peintures à l’eau (jusqu’à deux cents), scannage de l’image puis retouches via le logiciel Photoshop. Après avoir figé la réalité́ extérieure, l’artiste traite l’arrière-plan de l’image qu’elle transforme en une surface multicouches dotée de propriétés quasi géologiques. L’atmosphère qui en résulte, que l’on retrouve dans la plupart de ses réalisations, a quelque chose de doux, de profond et de démodé. Un sentiment d’irréalité, de temps hors du temps, ressort de ses images pourtant figuratives et souvent documentaires. Escaton est un mot biblique signifiant la fin d’un monde, d’une ère. Nermine Hammam raconte que la nostalgie la saisit en regardant de vieilles photos appartenant à sa grand-mère et fit naître chez elle un désir irrésistible de retourner sur les plages de son enfance pour y prendre des photos. « J’adorerais, dit-elle, faire une rétrospective sur trente ans et y exposer des photos prises tous les deux ans, qui montreraient comment l’Égypte a changé, vue d’un lieu unique : la plage.»

La série Metanoia (« repentance » en grec), datant de 2009, se compose de soixante dix sept photos que l’artiste a retravaillées en les altérant. L’ensemble tend à une nudité et une austérité en adéquation avec le thème de cette succession d’images saisies dans un univers dur. Nermine Hammam, pour les réaliser, a partagé le quotidien de malades d’un hôpital psychiatrique pendant trois mois. Ses clichés de patients exsudant la souffrance et la solitude témoignent des mauvaises conditions dans lesquelles l’Égypte traite ses « fous ». « J’ai réalisé qu’en tant qu’êtres humains, nous pouvons nous montrer incroyablement cruels les uns envers les autres. J’ai vu les infirmières qui abusaient de leur autorité et traitaient leurs patients avec une complète insensibilité, en oubliant totalement leur humanité. »

Aux Abattoirs, c’est son travail en écho aux bouleversements politiques récents en Égypte qui est mis à l’honneur avec la série Upekkha (l’« upekkha » est le concept bouddhique d’équanimité), présentée lors de la 9ème biennale de la photographie de Bamako. L’artiste a suivi de près les manifestations et la révolte historique de janvier 2011 contre Hosni Moubarak. En France au moment du soulèvement, elle est frappée à son arrivée au Caire de voir les rues de la ville occupées par les chars. Cette vision la projette des années en arrière, en 1973, lorsqu’elle avait six ans et que d’autres chars occupaient la ville après la guerre (celle du Kippour contre Israël). Mais ce qu’elle voit aujourd’hui sur ces tanks, ce sont de jeunes hommes à l’air plutôt perdu, qui tiennent leur arme comme ils porteraient un jouet. Elle les transpose dans des paysages colorés et bucoliques, sorte de décors kitsch de vieilles cartes postales – comme à rêver d’une armée loin des batailles. « Rien à voir avec Guernica de Picasso, explique l’artiste. Le sujet est le même: la guerre. Sa dureté, son inhumanité brutale. Mais mes portraits véhiculent l’inverse : l’idée de la « tendresse militaire », de la coquetterie virile, de la fragilité masculine. Je voulais témoigner de cet autre aspect de la guerre, rarement évoqué. »