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À TOULOUSE

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Renaud Auguste-Dormeuil

The Day Before_Star System
28.09.12 - 21.10.12
Exposition — Château d'Eau

Renaud Auguste-Dormeuil, The Day Before_Star System, série photographique (2004). Crédit photo : Nicolas Brasseur, Le Printemps de Septembre 2012.

Renaud Auguste-Dormeuil, The Day Before_Star System, série photographique (2004). Crédit photo; Nicolas Brasseur, Le Printemps de Septembre 2012.

Renaud Auguste-Dormeuil, The Day Before_Star System, série photographique (2004). Crédit photo : Nicolas Brasseur, Le Printemps de Septembre 2012.

Né en 1968. Vit et travaille à Paris.

 

The Day Before_Star System, série photographique (2004)


Voyager dans l’espace et le temps

 

Depuis le début des années 1990, Renaud Auguste-Dormeuil poursuit une réflexion féconde sur les thèmes de la disparition et des obsessions sécuritaires de notre temps. Il raconte: « Lorsque j'étais encore étudiant à l'école des Beaux-Arts, je ne pouvais sortir de chez moi sans passer devant une caméra de surveillance. L'un des premiers projets sur lequel j'ai travaillé est le recensement de toutes les caméras de mon quartier et des quartiers voisins pour en constituer un fichier assez important … » À travers photographies, vidéos et installations, Renaud Auguste-Dormeuil montre comment, bien que nous vivions en démocratie, notre liberté est relative car « surveillée ». Plus largement, il critique le point de vue unique et réducteur qu’offrent les technologies de communication actuelles.
En 2000, sous le nom de « Mabuse Paris Visit Tour 11 », il étudie ainsi avec précision les systèmes de sécurité des musées. L’idée est de créer des audio-guides d’un genre particulier : on y apprend le nombre de gardiens, les emplacements des caméras de surveillance, les systèmes incendie et d’accrochage des œuvres... La même année, l’artiste organise des circuits en minibus dans certains quartiers de Paris afin que le public embarqué puisse se faire filmer par les caméras de vidéosurveillance qui jalonnent le parcours.

 

Dans sa vidéo Hôtels des transmissions (2003), Renaud Auguste-Dormeuil cartographie dans chaque capitale européenne les terrasses d’hôtels qu’il estime être « les meilleurs emplacements pour relayer l’information en cas de guerre ou d’attaque terroriste ». Mais l’artiste ne manque pas d’humour, qui livre en 2005 une vidéo intitulée De l’art de se camoufler chez soi, où il est expliqué comment échapper au regard des autres.
En 2009 le projet Power Black Out (réalisé à New York au Palace Hotel) fait quant à lui référence à une coupure d’électricité à l’échelle d’une ville, mais aussi au « blackout » résultant d’un traumatisme. Il s’agit, comme l’explique l’artiste « d'éteindre les lumières de la nuit de grandes capitales mondiales, depuis un lieu offrant une vue panoramique. Chaque point lumineux est occulté par un point noir posé sur la surface vitrée de la fenêtre, jusqu'à ce que les lumières de la ville disparaissent peu à peu. » Le spectateur ressent une sensation de menace larvée ou imminente.

 

Lauréat du prix Meurice 2009/2010 pour l'art contemporain et pensionnaire à l’Académie de France à Rome, l’artiste réalise aussi, en 2011, à la Villa Médicis, la performance I Will Keep a Light Burning, qu’il renouvelle lors de la Nuit Blanche à Paris : le square Louise Michel y est éclairé à la lueur de plusieurs centaines de bougies disposées au sol de manière à recomposer la carte du ciel tel qu’il apparaîtra le soir du 1er octobre 2111… et tel que personne ne le verra jamais en réalité.
The Day Before_Star System (2004), que Renaud Auguste-Dormeuil présente au Printemps de Septembre, se compose d’une série de douze photos qui reconstituent à l’aide d’un logiciel la voûte céleste la veille de bombardements demeurés célèbres dans l’Histoire des hommes. Chaque image de ciel indique le nom de la ville attaquée ainsi que la date et l’heure précise de l’attaque, un procédé qui rappelle celui des archivistes de l’aviation militaire. Habitués que nous sommes à contempler les étoiles dans un contexte paisible, comment ne pas être frappé par cette manière si singulière d’évoquer la guerre ? Via ce document historique, c’est notre mémoire qui est convoquée à travers les noms tristement célèbres de Caen, Guernica, Dresde, Nagasaki ou encore Bagdad. Malgré l’écart entre les époques, ces nuits qui se ressemblent nous racontent une même histoire de carnage et de mort. En les regardant à la veille de faire décoller leurs avions, quelques hommes savaient que des milliers d’autres allaient périr le lendemain.