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À TOULOUSE

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Voluspa Jarpa

Bibliothèque de la non histoire
28.09.12 - 21.10.12
Exposition — les Abattoirs, Musée – Frac Occitanie Toulouse

Voluspa Jarpa
Bibliothèque de la non histoire, installation (2011)
Courtoisie de l’artiste, de la Galerie Mor-Charpentier
Crédit photo : Nicolas Brasseur, Le Printemps de Septembre 2012

Née en 1971 au Chili. Vit et travaille à Santiago du Chili. 

 

Bibliothèque de la non histoire, installation (2011)
 

Une artiste contre la Non-Histoire

 

Exposée à la Maison d’Amérique Latine à l’invitation d’Albertine de Galbert, invitée à la Biennale d’Istanbul en 2011 dans la section Sans titre (Histoire), Voluspa Jarpa est lauréate du premier Prix du Cercle des Critiques de Santiago en 2008 et de la bourse nationale Fondart (en 1996, 1998 et 2003). On trouve ses œuvres dans les collections de Canvas International Art à Amsterdam (Pays-Bas), de la Haagse Hoge School à La Haye (Pays-Bas), au Blanton Museum of Art à Austin (États-Unis), au Musée des Arts Visuels de Santiago du Chili et à la Collection Rabobank (Pays-Bas).

 

Voluspa Jarpa se passionne pour les empreintes laissées par les traumatismes de toutes sortes dans nos vies privées et dans nos sociétés, nos nations, et dans l’Histoire. C’est ainsi qu’elle se focalise un temps sur l’hystérie, ce langage du corps qui dit les désirs enfouis et leurs frustrations, les traumatismes oubliés. Sur les traces du docteur Charcot, le spécialiste français de ce désordre psychique, elle s’intéresse à la « nuée démoniaque », qu’elle représente plastiquement sous forme d’installations à l’apparence équivoque. La présentation d’essaims d’insectes ? Non, celle de multiples petits corps de femmes se contorsionnant en apesanteur dans l’espace d’exposition. Vingt-huit mille six cent quarante neuf en tout, soit le total des cas de femmes hystériques consignés par les archives photographiques de Charcot.
L’artiste s’exprime ainsi sur les rôles respectifs du langage clinique (les symptômes, de l’hystérie notamment) et du langage artistique (le sien) : « Que ce soit dans la rencontre de l’émotionnel et du rationnel, de l’expérimental et de la technique, et bien plus encore, dans celle toujours frustrante de mes idées avec la matière, l’art se distingue radicalement du symptôme dans le langage plastique que j’élabore. C’est un langage envisagé pour que les autres puissent y avoir accès. Je ne voudrais pas que mes œuvres restent, pour les autres, comme un chiffre insensé. Je crois que cela distingue la production d’un symptôme, de la production d’un langage artistique. Le symptôme, d’ailleurs, est produit pour maintenir l’équilibre psychique avec lequel nous avons été élevés, alors que le langage de l’art, lui, est fait pour rompre avec les conventions culturelles dans lesquelles nous avons grandi. L’art est fait pour questionner ces conventions, autrement dit, pour disposer d’elles comme d’outils, afin que nous ne restions pas les prisonniers de nos référents mais que nous apprenions à générer de nouvelles formes et de nouveaux discours. »

 

Pour le Printemps de Septembre, Voluspa Jarpa reprend sa « Bibliothèque de la non-Histoire du Chili » présentée dans une forme inédite. On y trouve des centaines d’ouvrages classés chronologiquement réunissant des documents d’archives officiels déclassifiés par les États-Unis, en rapport avec la dictature chilienne d’Augusto Pinochet. Nombre de pages censurées, signalées par un effacement de l’information, impliquent que tout, des événements, n’est pas su, peut-être déjà figés dans le corps mémorialiste de l’archive. Par cette œuvre effarante de simplicité, Jarpa nous invective. L’Histoire ? Parfois, il convient qu’elle soit réécrite, reprise en équité, réabsorbée par le sujet attentif : « l’Histoire est à moi! »

« Il existe au Chili », explique l’artiste, « une sorte de déni vis-à-vis des événements traumatiques qui se sont déroulés sous la dictature de Pinochet. On trouve aussi de multiples versions mythiques de notre histoire récente qui toutes se contredisent. » Voluspa Jarpa se révolte contre cet état de fait. Elle affirme que l’Histoire n’est pas aux autres, que l’histoire du Chili appartient aux Chiliens et qu’il s’agit de la revendiquer haut et fort. Et ce faisant, elle s’élève contre l’Histoire niée, la « Non-Histoire ».